Histoire du Papier – II – L’invention du papier en Chine

Il est bien sur délicat de faire remonter la création du papier à une date précise, il est probable que son histoire est celle d’inventions successives à partir d’une centaine d’années après J.-C. en Chine.

Ainsi, le premier papier porteur d’un message le plus ancien connu à ce jour a été trouvé en 2006 à Dunhuang, dans la province du Gansu. Il est daté de 8 av. J.-C., sous la dynastie des Han Occidentaux (-206, 9), un fragment de lettre dont le papier est fait à partir de fibres de lin sur laquelle une vingtaine de sinogrammes anciens ont été déchiffrés.


Vieux papier chinois à fibre de chanvreVieux papier chinois à fibre de chanvre utilisé pour l’emballage, trouvé dans la tombe Han de Wu Di (-140-87) à Baqiao – Shaanxi History Museum du Xi’An, Chine-
Photographie de Yannick Trottier, 2007. Fichier sous licence Creative Commons


L’histoire « officielle » débute cependant en 105 après J.-C., et se base sur la tradition chinoise. Le fondateur se nomme Cai Lun (Ts’ai Lung), haut fonctionnaire de la cour des Han orientaux (9 – 220 après J.-C.), chargé, au début du IIe siècle de notre ère, par l’empereur de Chine de réaliser une compilation de l’ensemble des techniques artisanales pratiquées à cette époque dans l’Empire du Milieu, et notamment concernant les techniques des supports de l’écriture. Confronté à tous types de matériaux (os, peaux, bronze, soie, bambou, écorces, papyrus), et après maintes recherches, Cai Lun découvre la technique pour faire du papier, du moins ce papier « fait main » dont la méthode s’est perpétrée en Extrême-Orient et en Occident.

Depuis l’antiquité, les livres et les documents étaient rédigés pour la plupart sur des tablettes de bambou, puis sur du tissu de soie qu’on appelait zhi. Le tissu était coûteux et les tablettes étaient lourdes, et aucun de ces supports ne convenait véritablement. C’est alors que (Cai) Lun eut l’idée de se servir d’écorce d’arbre, de fragments de chanvre, de toile usée et de filets de pêche pour faire du papier. La première année yuanxing (105 de notre ère), il fit un rapport à l’empereur qui reconnut ses compétences. Depuis cette époque, ce papier a été utilisé partout et c’est pourquoi il a été appelé dans l’empire papier du marquis Cai. (in Drège 1987 : 642-643).

Extrait de Paper and Printing, Tsien Tsuen-hsuin, 1987. Citation du Livre des Han postérieurs (Hou Han shu) écrit au Ve siècle par Fan Ye.

La contribution essentielle de Cai Lun pourrait être qu’il a le premier fabriqué une feuille de papier, sans doute à base de chanvre, d’écorce de mûrier, de chiffon et de filets de pêche – on admet aujourd’hui qu’il est l’inventeur du papier à base de chiffon – et qu’il a ensuite amélioré la technique afin de le produire en masse. Les découvertes archéologiques de ces dernières années révèlent en effet un usage du papier antérieur d’au moins deux siècles.


Cai Lun (Ts'ai Lung), saint patron de la fabrication du papier. Auteur inconnuCai Lun (Ts’ai Lung), saint patron de la fabrication du papier. Auteur inconnu


Plusieurs fibres étaient communément associées dans la pâte, et diverses substances végétales ou animales étaient ajoutées pour donner au papier finesse, résistance et lustre. L’analyse des vieux papiers retrouvés et des textes permettent de citer le chanvre, le lin, la ramie, le mûrier, le rotin, la paille, l’hibiscus, le santal bleu (« papier de Xuan » dont les qualités de blancheur et de finesse sont louées par les calligraphes et les peintres). A partir du Ve siècle, le bambou deviendra le matériau privilégié.

L’usage du papier est alors très divers : papier toilette (dès le Ve siècle), sacs en papiers pour préserver l’arôme du thé, emballages, billets de banque, ombrelles, lanternes, cartes à jouer, décoration. C’est cependant le contexte de diffusion du bouddhisme et d’usages populaires (almanachs, lexiques, manuels, recueils, etc) additionné à l’invention de la xylographie qui feront du support d’écriture le principal facteur de développement du papier.


Etape du process de fabrication du papier par gravure sur bois sous la dynastie Ming
Etape du process de fabrication du papier par gravure sur bois sous la dynastie Ming


La xylographie est un procédé de reproduction multiple d’une image sur un support plan, papier ou tissu, en utilisant la technique de gravure sur bois, ou xylogravure, comme empreinte pouvant être reproduite par impression. Ce procédé a pour avantage d’être à meilleur prix que le travail réalisé à la main par des copistes.

Cette technique apparaît en Chine dés le VII e siècle – le plus ancien xylographe retrouvé date de 650-670 : un exemplaire du dharani sutra, et le premier imprimé est le Sutra du Diamant de 868, livre bouddhique illustré trouvé en 1907 par Aurel Stein dans les grottes de Mogao près de Dunhuang.


Page du Sutra du Diamant - British Library, LondonPage du Sutra du Diamant – British Library, London


Des fabrications spéciales étaient imaginées pour répondre aux exigences esthétiques des calligraphes et des peintres, comme le « papier au poivre » jiaozhi, produit à Jianyang dans la province du Fujian sous les Song du Sud (1127-1279). Ce papier tenait sa couleur jaune et son parfum épicé censé durer des siècles d’un traitement à la décoction de graines de poivre qui le protégeait aussi de la gourmandise des insectes.

Le papier se diffuse alors rapidement en Extrême-Orient, d’abord dans l’empire chinois jusque dans ses provinces les plus excentrées, et dans les régions voisines alors sous influence chinoise, comme l’actuel Vietnam, et surtout la Corée.


Fenêtre en papier hanji dans une hanok, maison traditionnelle coréenne By Caroline Knox at flickr (Shadows Squared) [CC BY-SA 3.0 (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia CommonsFenêtre en papier hanji dans une hanok, maison traditionnelle coréenne.
By Caroline Knox at flickr (Shadows Squared) [CC BY-SA 3.0] (http://creativecommons.org/licenses/by-sa/3.0)], via Wikimedia Commons.


La Corée mettra au point un papier fait essentiellement des fibres libériennes du mûrier à papier (tak) : le papier hanji. Après macération dans l’eau, l’écorce était battue soigneusement pour ne pas broyer les fibres, dont certaines restent intactes dans la pâte.

La plus belle qualité était fabriquée en Automne et était réservée à la Cour de Corée et à l’export en Chine à l’intention des peintres et des calligraphes. Ce papier de Jilin, jilinzhi, était apprécié pour sa douce robustesse : papier épais aux longues fibres, lisse, très résistant, et d’un blanc ivoirien aux reflets soyeux.


La dame de la rivière Xiang, par le peintre chinois Xang Wu. Section d'un rouleau portatif, encre sur papier, daté 1346. Musée provincial de Jilin, ChangchunLa dame de la rivière Xiang, par le peintre chinois Xang Wu.
Section d’un rouleau portatif, encre sur papier, daté 1346.
Musée provincial de Jilin, Changchun


Les coréens vont aussi exporter en Chine d’autres variétés de papier, tel que le « papier cuir », dengpizhi, employé pour faire des couvertures de livres, des imperméables ou pour garnir les fenêtres.

Selon la tradition, c’est un moine coréen, Damjing (573-631), en japonais Doncho, qui aurait introduit la fabrication du papier au Japon en 610.

A suivre…

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